lundi 16 juin 2008

J'vais faire quoi de ma vie?

C’est drôle.

Je trainais chez K. Enfin, sur son blog (que j’ai ajouté a ma liste de liens que j’viens de créer –enfin–) et j’ai remarqué que la direction de ma fleur secrète était indiquée par un drôle de panneau. «Blog d’une actrice». J’ai eu une espèce de pincement au cœur. Un de ces pincements qu’on ne saurait pas expliquer, pas qualifier, pas nommer.

Une actrice.
J’aimerais tellement. Un jour. Peut-être…

Quelle sera ma vie future ? J’ai trois ans. Trois ans pour en décider. Trois années de lycée. Une seconde, une première, une terminale. Et encore, je pourrais n’en avoir que un. Il faudrait déjà que je sache si je vais prendre la filière littéraire, la filière économique, la filière scientifique, ou autre. Quel rêve, n’est ce pas, de faire L… Quel rêve, dans ce cas, de choisir d’apprendre la littérature, la philosophie, l’art. Quel rêve, alors, de refuser d’apprendre les maths, la physique ?
C’est bête, hein, que le cerveau humain moyen soit jugé incapable d’apprendre toutes les matières et de s’approfondir dans chacune d’elles.
Je pourrais faire un lycée Polytechnique dans ce cas, z’allez me dire, si j’ai vraiment envie d’apprendre un tronc d’enseignements commun et général. J’ai bien dit «le cerveau moyen», n’est-ce pas ? Je serais incapable de tenir dans un enseignement aussi ardu. Je serais même incapable d’en avoir l’envie. Car je suis plus bête que ceux qui y vont ? Car j’ai moins soif d’apprendre ? Ou alors moins soif de «réussir ma vie» selon des critères qui me sont extérieurs ? Ou plutôt car depuis que je suis toute petite on m’a appris à me contenter d’un enseignement moyen ? Qui n’a jamais entendu ses profs «quand j’étais en 5ème on étudiait presque l’actuel programme de Seconde» ou encore «maintenant on ne fait plus de thème latin-grec alors qu’a mes 12 ans nous devions déjà traduire des textes de vingt lignes». Alors chacun d’entre nous lève les yeux au ciel «mais bon sang, les temps changent» et on en est presque fiers. Presque heureux qu’on n’a pas à travailler autant qu’eux le faisaient à notre âge ! Attends, t’imagines sinon, quand est ce qu’on irait au ciné ? On n’aurait jamais le temps de passer 7 heures sur internet ! Déjà franchement quand la prof de math nous donne deux exos du jour au lendemain, c’est vraiment une salope, on n’a pas le temps, cette après midi là, nous ! Elle devrait au moins nous laisser une semaine, voire deux !

Et c’est là que moi je lève les yeux au ciel.
L’actuel monde adulte, c'est-à-dire, la génération qui nous a précédés, c'est-à-dire le monde de nos profs, de nos parents, on est toujours prêts à le critiquer. Il est complètement cent pour cent imparfait. Il a des erreurs énormes, des trous de savoir inimaginables. Demandez donc à votre grand-père de prévenir en urgence de quelque chose quelqu’un à l’autre bout du monde. Vous aurez de la chance s’il se jette sur le téléphone, dans le cas contraire, il voudra envoyer une lettre par la poste. L’idée d’un e-mail ne l’effleurera même pas. Nous, pourtant, on sait, tout ça. On sait. On croit trop, qu’on sait, que les autres, ne savent pas. Que les générations précédentes sont pleines de lacunes. Et pourtant qui savait en 5ème tout ce que l’on apprend, nous, en 3ème ? Du coup, c’est à se demander ce que sera le monde, quand le monde adulte sera le notre. Celui de gentes incapables d’avoir envie d’apprendre, celui de gentes à qui on apprend dès la plus tendre enfance à ne pas apprendre avec insistance, avec assiduité.

C’est complètement nul. Déprimant. Désespérant.

Et le pire c’est que tout ce regard porté vers la société n’est enfaite que l’introduction d’un individualisme complet de ma part. Si je parle de «nous» et d’«eux» c’est que finalement je veux parler de moi.
Moi donc, qui aurait bien aimé faire le Polytechnique histoire d’apprendre, juste pour pouvoir dire «je sais». Non pas, comme on m’a déjà dit, pour avoir une sortie de secours, non pas pour avoir un CV classe, même pas pour avoir un bon emploi avec plein d’fric à gagner. Non puisque, de toutes façons, mon rêve est contraire à tout ça et que je veux, moi, faire du théâtre.
«Le blog d’une actrice»… si seulement je pouvais être une actrice, une comédienne, pour être exacts, si seulement j’en avais le talent, le courage, la volonté. Les «couilles» de dire au diable à la vie sure, bourgeoise, aisée que je mène, et me lancer vers une carrière faite de chômage. Si seulement, j’en avais vraiment l’envie. Car l’envie, je l’ai, l’envie je l’ai… mais l’envie que tout cela vienne après deux années de prépa L, après trois années de Sorbonne. Ha ! C’est presque drôle de dire «je veux me préparer a une vie de bohème en faisant un Bac+5». Et encore, je pourrais presque, ça a presque un sens, pourquoi ne le ferait-je pas, si de toutes façons, le Bac+5 serait juste pour le plaisir d’apprendre, de savoir, et d’être quelqu’un d’intelligent, de cultivé ?
J’peu pas. Car de toutes façons, imaginons, je veux aller au Conservatoire Nationale d’Art Dramatique, le genre de trucs classe++++ ou chaque année on prends 30 élèves sur environ 900 sous concours. Ben d’un, je n’aurais pas la capacité d’être parmi ses 30 sur 900. Et ensuite, le CNAD est limité entre les âges de 18 et de 24 ans. A 18 ans j’aurais à peine fini mon Lycée… et mes années de prépa et de Sorbonne ? Après celles-ci, et ben vala, 24 ans.

Donc… dilemme.

Et ce qui est encore pire c’est de penser que n’importe quand je pourrais retourner à Mexico. Non pas que ce pays, «mon» pays ne me manque pas. Mais que franchement, mes études supérieures de littérature ne pourraient pas aller mieux ailleurs qu’en France. Qu’a Paris. Déjà car la langue française est celle que je préfère a l’écrit et qu’il y a Paris des enseignements publics d’un niveau très haut, difficilement atteint même par les établissements privés mexicains. Bien sur, après le lycée, je pourrais ici venir faire mon Bac+5, mais allez dire ça à mon père. Autant par son envie de m’avoir toujours à l’œil, et par le platteur de sa bourse.

Et imaginez que j’ai encore 3 ans de Lycée devant moi.
Trois ans à attendre d’enfin pouvoir choisir moi-même.
Trois ans, donc, d’attente.
Or rien de pire que l’attente pour torturer l’âme.
Donc trois ans de questions, de projets, d’histoires que je ne pourrais voir répondre, se réaliser, tomber à l’eau avant trois ans.

Ce n’est qu’un début de mes tourments futurs. Pour le futur.

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