lundi 14 avril 2008

Brevet Blanc - Français

Sujet : Vous avez un jour été soumis(e) à une obligation imposée par votre famille (port de vêtements, inscription à une activité, réunion familiale...)
Dans un récit organisé, vous préciserez de quelle contrainte il s'agit, et les circonstances dans lesquelles elle s'est exercée ; puis vous ferez part de vos sentiments et de vos réflexions.

Note : 7/15 (scragnagna)

Remarques du correcteur (Mme Jacouty -car elle signe toujours ses copies) :
"Le sujet suggérait de réfléchir après avoir -brièvement?!- raconté la situation. Ici la narration envahissante bien que talentueuse, laisse peu de place à la rélfection - Dommage! Car c'est assez bien écrit."
"Cadrage interminable : un devoir n'est pas une nouvelle!"
Et trucs genre "néologisme" (sans déc? C'était fait exprès!) et comme quoi "désolée! C'est inadmissible en un devoir (déguelasse)" ou encore "oh non! Une rue ne parle pas (une rue soi-disant perpendiculaire)"


Rédac :

La voiture avait été mise en marche, elle roulait à une vitesse moyenne. A travers la fenêtre, je voyais le paysage changer, toujours de la même façon : un paquet de maisons aux balcons desquelles on voyait des souriantes femmes se parler entre elles tout en accrochant le linge mouillé, partageant avec toute la rue leurs conversations comériques. Puis, un café dont les tables envahissant le trottoir étaient assiégées par les maris de ces mêmes commères, qui parlaient entre eux foot et jolie jambes, une pipe au bec. Une rue soi-disant perpendiculaire à celle que nous parcourions, dans laquelle jouaient quatre bambins avec une cannette, comme s’il s’agissait d’un ballon. Un chien caché aboyait, le soleil brillait, et cela ne pouvait que m’insupporter : j’étais en colère.

Mon père tenait beaucoup à ce repas.

Le matin même nous avions poursuivit la virulente discussion de la veille. Certes, les arguments de mon père étaient valables : la famille se réunissait entière pour la première fois depuis la mort de l’ancestrale grand-père Giovanni, et je ne pouvais pas être l’exception à la règle de présence. Mais les miens aussi, d’arguments, étaient valables : je n’avais pas envie d’assister à ce repas dont même l’invitation était hypocrite.

Mais l’autorité parentale finit toujours par l’emporter, et le silence complet et boudeur dans la voiture était mon seul moyen de résistance.


***


«Souris !». C’était un ordre voilé par le sourire pas toujours très ravissant de mon père. Pour aller chez Hypocrite il faut se parer d’hypocrisie.


***

La porte de la maison était peinte d’un rose pétant extrêmement désagréable, et sa simple vue rappela à moi des souvenirs d’années passées qui auraient tous pu servir d’arguments excellents si seulement je m’en étais souvenue quelques heures auparavant. Maintenant, c’était trop tarde, la sonnette avait retentit sous la pression de l’index de mon père, comme le silence, pour un accusé, qui suit la délibération des juges et précède la condamnation de l’homme.

***

Le rose pétant laissa sa place aux pantalons taillés dans un rideau de Louis XIV que portait celle à qui j’aurais volontiers donné le nom de Gertrude, mais qui était enfaite la Tante Maria, même si le titre de tante n’arrivait pas à la rajeunir des trente années qu’on lui donnait systématiquement en plus de son véritable âge.
Tante Maria avait deux particularités, outre le sourire forcé qui, lui, était caractéristique de toute la famille : elle avait une énorme verrue poilue à côté de la lèvre, et la manie de tirer les joues aux jeunes de moins de vingt ans.
Ainsi, tout en essayant de ne pas fixer sa première particularité, j’en subissais la deuxième.
Quand je fus libérée, je regardai les présents. Nous étions visiblement les derniers.
La dispute millénaire de la famille était visible par les simples habits, même si la raison de celle-ci était déjà oubliée. D’un côté il y avait les traditionalistes kitsch (clan auquel appartenait clairement la Tante Maria) et de l’autre, les modernistes en deuil, comme si la modernisation était la valorisation du noir et l’utilisation d’un portable par maison vieux d’au moins sept ans. Et ce n’était point le manque d’argent, c’était l’avarice.
Et moi, au milieu de ces fauves habillés de mauvaise reproductions de velours et utilisant le jaune au lieu de l’or, j’étais habillé d’un jean, d’un sweat trop long, et j’étais, en prime, décoiffée (ce qui m’avais toujours valu des reproches).
J’étais la fille du peintre, l’orpheline de mère, mais aussi, la plus grande de ma génération.
Dans leurs esprits j’étais sans doute la différente pour leur monde fermé, celle qui connaissait plus pour leur ignorance et leur jalousie, et quelque part l’enfant qui pourrait être prodigue si on savait la manipuler.

La seule personne que j’aimais parmi tous ceux-là, était la sage, la veuve de Giovanni, la matriarche… à cette époque déjà au seuil de la mort, sur un fauteuil roulant, oubliée de tous, oubliant tout le monde.
J’essayais d’échanger quelques mots : un monologue avec le vent. Puis, nous passâmes à table.

A peine l’entrée servie, je commençai à m’ennuyer. On y passerait la journée. Il n’y avait rien à faire. Il n’y avait même pas de dispute qui animasse le repas, tous ayant vêtu d’hypocrisie.
Et en plus, le ragoût était déguelasse.

Une seule fenêtre laissait voir le ciel, et comme par malchance, elle se trouvait juste devant moi. Sans quoi je n’eus peut-être pas éprouvé si tôt le besoin de sortir. Autant la salle était obscure, autant de l’autre côté des carreaux, le soleil brillait. J’avais envie d’aller jouer avec les garçons qui couraient dehors. J’avais envie de voler comme la colombe qui venait de passer, me raillant.
Je sentis mon faux-sourire s’effacer et la mélancolie m’envahir. J’étais là, au milieu de ma famille, d’un brouhaha incessant, d’une trentaine d’être vivants. Mais ils m’étaient antipathiques, ils m’étaient hideux, autant les vieux que les jeunes, les détestables enfants pourris gâtés qui hurlaient de tous les côtés.
Enfaite, j’étais seule. Complètement seule, au milieu de la foule, je lisait solitude, j’entendais solitude dans chacune des paroles prononcées.

***

On me poussa le coude, et je revins à la réalité. Penchée sur moi avec un sourire presque sadique, se trouvait Tante Maria et son énorme verrue.

«Tu n’aimes pas mon ragout ? »

Je la regardai, je regardai mon assiette et je soupirai. Ca faisait vingt minutes que j’avais été servie et dix-neuf que je jouais avec ma fourchette.

« Si, si, il est très bon » Lui répondis-je en souriant tout comme elle le faisait.

J’en pris une bouchée :
Le ragout était toujours aussi déguelasse.

1 commentaire:

Hikapa a dit…

D'un autre côté, c'est vrai, fallait pas faire une nouvelle ...
Ca s'écrit "Jacouty". Moi je suis content, elle m'a noté 12,5/20 la rédac' (Ce qui me fait 27,5/40 en français Mouahaha)

Sinon, j'aime bien le texte